mercredi 13 juillet 2011

Récréation du mollusque



S’il y-a bien une chose qui m’envoute complètement, c’est le cinéma ! Lorsque j’entends des noms comme Kim Ki-Duk, Hitchcock, Ettore Scola ou encore Jodorowsky, c’est comme si on me faisait écouter des vers de poésie… En mieux bien entendu ! A un moment, il n’y avait rien en dehors du cinéma qui pouvait me faire frissonner. Je m’étais alors dit que je pourrais essayer d’écrire des critiques.
J’ai donc pris mon stylo, j’ai noircis quelques pages après chaque films vu (ou revu) et apprécié et je les ai envoyé au directeur de rédaction d’un site éditorial spécialisé dans le cinéma. Je lui avais proposé certains de mes articles, ceux dont j’étais le plus fier évidemment, pour les lui soumettre. J’attendais son retour. Pas trop convaincus de mes talents de rédacteur, sa réponse m’a cependant permis de me forger un point de vu sur le métier de critique d’art. J’ai essayé par la même occasion de faire prévaloir une vision moins rigide de ce que pouvait être une critique. Plus directe, plus passionnée, plus subjective et surtout moins codifiée, le support informatique était selon moi l’occasion de dérider un peu le visage raviné des chroniques. Dans sa missive, il s’était exprimé de la manière suivante :

Bonjour Morludic,

Je me permets de vous faire un petit retour sur les quatre textes que vous m'avez envoyé.
La première chose qui me saute aux yeux, c'est qu'on sent chez vous une véritable envie de cinéma et c'est très certainement la première qualité requise pour écrire sur des films.

Néanmoins, se dessinent pour moi deux problèmes principaux. Je note qu'il vous est difficile de prendre un véritable recul critique sur les films que vous abordez et que vous les vivez peut-être un peu trop passionnément, ce qui rend vos textes très partisans mais tout aussi fragiles sur le plan de l'argumentation. Pour le film d'Angelopoulos, vous multipliez les superlatifs sur la beauté des plans, sur le génie du réalisateur mais sans jamais analyser le geste cinématographique, justifier sa force par une analyse précise de ce que vous énoncez. Concernant "Tokyo décadence" (que je n'ai pas vu) et "La Grande bouffe", vous semblez en faire une lecture très moralisante. Pour le film japonais, vous semblez aller plus loin que l'intention du réalisateur (mais je nuance car je n'ai pas vu le film) ce qui donne à votre critique certains relents puritains. Pour le film de Ferreri, là, c'est très clair : vous semblez offensé par la proposition du cinéaste, quitte à faire d'énormes contre-sens sur le propos même du film. La question du mariage et du respect de cette institution prend une part assez énorme dans votre analyse, quitte à vous empêcher de voir toute l'allégorie que le réalisateur propose. Mais peut-être ai-je très mal compris votre texte.

Cordialement,

Charles Cinéfix, Rédacteur en chef

Sans attendre, je lui ai donc poliment répondu comme il suit :

Bonjour,

Une nouvelle fois je suis ravi de remarquer que votre réponse a été aussi rapide que bienveillante ! Je vous suis extrêmement reconnaissant pour vos remarques, et elles vont me permettre de m’exprimer sur les mécanismes qui m’ont permis d’écrire ces critiques de films.
Lorsque j’écris sur un film, je le fait "à chaud", je prends généralement ma "plume" dans l’heure qui suit la projection. J’ai l’impression que ça me permet d’offrir une observation plus honnête (à défaut d’être mieux nuancée) sur l’œuvre. Par ailleurs je suis partisan des critiques subjectives… Car je ne peux parler d’un film qu’en rendant la totalité de ce qu’il m’a fait ressentir…
Lorsque je parle de La grande bouffe, je parle de ce qui m’a sauté aux yeux. La métaphore sur la religion me paraissait claire et la volonté de choquer le spectateur évidente. Contrairement à ce que vous avez compris, j’ai adoré ce film, et surtout la manière subversive dont Ferreri fait preuve afin remettre en cause des valeurs romantiques qui nous sont quasi-imposées. Mais que vous n’ayez pas bien compris le « fond » de ma pensée, prouve peut être que je dois faire un plus gros effort sur la « forme ». Vous m’écrivez - vous semblez en faire une lecture très moralisante -, ce qui est totalement faux ! Pour moi, il s’agissait de démontrer que l’objectif principal de ces deux œuvres était de disserter sur la morale populaire.
Concernant le réalisateur de Tokyo Decadence (film que je vous conseil bien évidemment), il s’agit d’un artiste que j’apprécie tout particulièrement pour avoir littéralement dévoré un certain nombre de ses livres. C’est pourquoi, je me suis permis d’extrapoler sur les intentions du réalisateur car je pense qu’elles ne seront pas évidente pour un spectateur non initié à la psychologie "Murakamienne".
Je retiendrai cependant comme un compliment votre constat selon lequel ma "passion" liée au cinéma serait tangible à travers mes textes… Mais aussi, malheureusement, que ça rendrait ces derniers un peu trop passionnés à votre gout, et donc pas suffisamment objectifs !!!

Très cordialement, Morludic

Je trouve dommage que l’on ne fasse pas plus de place pour les critiques un peu atypiques. Nonobstant qu’il s’agisse en effet de l’un des meilleurs sites traitant du septième art, lorsque je finis un de leurs articles, il me reste comme le gout amer d’un sentiment de déjà lu. Finalement, les critères qui s’appliquent aux articles publiables sont à se point figés, que les textes de Pierre, Paul et Jack semblent écrit d’une même plume. Une plume experte et soignée c’est vrai, mais finalement trop consensuelle, donc sans âme, sans personnalité et sans tripes. Il faudrait pouvoir personnaliser tout ça ! Le film c’est la création, l’analyse critique c’est la re-création…Alors que moi, je veux de la récréation ! Qu’il y ait un quelque chose de ludique caché derrière ce travail d’analyste ! Finalement le meilleur critique pourrait bien être le dilettante qui n’a pas les qualités nécessaires recherchées, mais la fougue et l’originalité ! Une critique ne devrait pas être sifflée du bout des lèvres, ce devrait plutôt être un borborygme qui vous déchire les entrailles ! Une critique ne devrait pas non-plus être une vivisection du film mais sa vénération et son apologie… Ou dans le cas inverse, une diatribe pouvant aller jusqu’à la nauséeuse mauvaise fois ! J’aimerais voir plus d’implication dans les mots, oublier l’écriture scolaire, normalisée, aseptisée et dénaturée. Il faut en finir avec les thèse-antithèse-foutaise ! La plume des critiques ressemble au scalpel, on ne voit pas qu’ils ont vécu le film, ils semblent l’autopsier comme sur une table d’opération… Mais dans ce cas à quoi ressemble ma plume ? Sûrement à un chibre, me répondra le psychologue.
En parlant de psychologie, il me semble intéressant d’entrer dans l’esprit du réalisateur, d’essayer de tripoter un peu toute la substance cognitive qui a placé les personnages sur la pellicule et qui leur a donné vie. Je ne suis pas un inconditionnel des psychologues pour avoir été souvent déçu par leur manque de perspicacité, mais la psychologie est quelque chose qui me hante totalement depuis que j’ai ouvert mon premier livre de Dostoïevski. Il est donc bien évident que l’un des rôles clefs pour un critique, selon moi, consistera à tenter de mettre à nu les motivations du scénariste, à découvrir comment à travers la trame il tentera de brosser sa vision de la nature humaine et par la même occasion de transférer sa personnalité dans ses différents protagonistes. Les histoires peuvent varier d’un film à l’autre, mais dans chaque pellicule se dissimule l’âme de l’artiste, qu’il en soit conscient ou non les thèmes qu’il exploite font partie de lui et son point de vu sur le monde transparait à travers chaque image. On ne peut pas comprendre un film sans apprendre à connaitre un réalisateur ou un scénariste.
Pour moi il-y-a souvent deux artistes qui se cachent derrière chaque long-métrage : L’auteur (ou scénariste) et le réalisateur.
L’auteur donne de la profondeur à l’histoire, il en créé le relief en jouant avec les protagonistes et en insufflant au film une certaine philosophie. Il est le garant du fond de l’œuvre, sans quoi il ne se verrait sur l’écran que le mouvement d’une caméra désœuvrée, une sorte de spectre visible mais impalpable ! Cioran avait écrit l’accessoire est l’essence de la communication (et donc de la pensée), il est la chaire et le sang de la parole et de l’écriture. Vouloir y renoncer – autant forniquer avec un squelette. Je le rejoins totalement dans cette observation car, dans le cas du cinéma, le scénariste pose la structure dans laquelle le film va pouvoir se développer. A l’inverse, le réalisateur transcende le travail de l’auteur, il saisit toute la matière qui lui est offerte pour la restructurer à sa guise afin d’en perfectionner l’esthétique. Le fond est au service de la forme, et lorsque ces deux composantes primordiales trouvent le parfait équilibre, il se créé une réaction alchimique parfaite. C’est pourquoi, lorsque j’avais écrit mes critiques de films, il me paraissait tout aussi important d’interpréter les intentions du scénariste que de faire l’éloge de la beauté de la réalisation ! Analyser le geste cinématographique comme me le conseillait Charles Cinéfix, ça revenait pour moi à dévoiler les secrets d’un tour de magie ou à démembrer un corps humain pour en expliquer la merveilleuse mécanique ! C’est jouer contre le travail du réalisateur ! Je préfère encore me tromper sur les intentions du cinéaste en interprétant les objectifs d’un film, car j’ai l’intuition que je serai malgré tout dans le Juste. Il arrive un moment où l’œuvre échappe totalement à l’artiste, où il laisse transpirer sa personnalité sans en être forcément conscient et c’est à ce moment que l’analyse psychologique du film peut devenir intéressante ! Dans ma critique sur « La grande bouffe », j’avais conclu de la manière suivante :
Ferreri cherche donc à détruire à grand coup de burlesque les fondements de la religion catholique pour atteindre enfin le PLAISIR et la LIBERTE ! De plus, il ne faut pas en douter, la grande bouffe est une parodie habile de la Cène. Ferreri semble vouloir nous dire: Si j’avais été comme Jésus, aux portes de la mort, j’aurais aimé mourir par le péché !
En restant neutre on ne risque pas de se tromper c’est certain, mais quel intérêt alors ?! Tant pis, j’ai donc fais ravaler à ma plume toutes les critiques que j’avais pu lui faire cracher pour les placer aux oubliettes. Ma passion restera anonyme, mes coups de cœurs inconnus et mes coups de gueules muselets…

Fermons cette parenthèse sur ma vie, et tournons une nouvelle page !

jeudi 19 mai 2011

Autodestruction

Il-y-a autre chose qui m’a beaucoup fait rêver lorsque j’étais jeune, c’était les créations urbaines ! J’ai une pensé toute particulière pour ces rappeurs et ces taggers des années 80-90 qui étaient pour moi les néo-Brassens et les néo-Picasso de notre époque. Ils avaient su déchirer la grisaille des cités pour proposer une nouvelle perspective à l’art. Ils étaient rentrés dans le paysage culturel français en enfonçant la porte à grand coup de Nike Air et nous avaient imposé leurs têtes de méchants coiffées de casquettes Lacoste retournées !
C’en était finit des chanteurs bellâtres et métro-sexuels qui venaient nous vendre leur bons sentiments et leur amours insipides. Maintenant c’était les truands, les bagarreurs, les révoltés, les jeunes, les désœuvrés, les incultes, les dissidents, les oubliés, les vendeurs de cauchemar, bref toute cette faune entassée dans des HLM qui passait à la radio et qu’on voyait à la télé ! Au placard les mignons ! Nous ceux qu’on aime, ce sont les méchants pas beaux qui crachent de vilains mots ! Ça, ça m’avait enthousiasmé comme tous les jeunes de mon âge ! Si vous saviez amis rappeurs combien de jeunes embourgeoisés auraient donné leurs villas avec piscines, leurs parents et même leurs scooters contre un peu de votre indigence ! Ca c’était le fantasme absolu… Pourquoi est-ce qu’il a fallut que je naisse riche ?! Les cités Achélème c’était mieux que Disneyland ! Vos paroles ils n’y comprenaient rien bien entendu, ils étaient bien trop crétins (moi aussi en y réfléchissant, un peu moins qu’eux mais quand même). Le rap ce n’était pas de la sous-culture mais bien évidemment une contre-culture radicale qui s’opposait obstinément à la culture dominante ! Pour se distinguer de tout l’héritage musical français, ils l’avaient restreint à la simple rythmique. Le rap c’est de l’anti-musique. Seules les voix importaient, c’était la première étape pour se retourner contre leurs prédécesseurs et leur faire directement front ! Le rap avait éclot dans l’ombre et la grisaille, s’y était discrètement développé et était devenu suffisamment fort pour terrasser ses ancêtres ! C’était neuf, c’était puissant et direct. La force du rap : La destruction de tout ce qui avait pu exister avant lui… Sauf les rimes… Personne, pas même les rappeurs, n’a put se débarrasser des rimes…
L’essence du rap c’était d’aller toujours plus à contre-courant pour marquer très clairement son refus d’être assimilé aux autres mouvements ! Le rap, c’était l’affirmation d’une identité forte, marginale et prête à rivaliser avec tout ce qui gravitait autour d’elle. Vous ne voulez pas de nous, alors nous ne vous reconnaissons plus ! Semblaient dire les banlieusards. Tout était bon pour affirmer son adversité, l’emploi du verlan permettait de retourner la langue française contre elle-même… L’argot, c’était leur manière de montrer que la société était tribalisée mais qu’eux, malgré leur image de cancres, ils étaient d’une inventivité foisonnante ! C’était la révolution par le verbe. Le plus important c’est que l’art, quel qu’il soit, demeure vivant ! S’il baigne dans l’inertie c’est la mort ! Le renouveau s’amorçait par la destruction de toutes les valeurs littéraires et musicales existantes ! La première chose à savoir c’est que le rap ce n’était pas une création à proprement parler, mais bien la DESTRUCTION de toute une culture !
Ce qui m’attriste, c’est que le rap est mort… Ou plutôt qu’il agonise ! Vous ne le saviez pas brave gens, mais pourtant c’est bien le cas ! Chaque nouveau titre de chaque nouvel album de chaque nouvel artiste doit se lire comme une nouvelle épitaphe… Si vous allez voir l’un de ces nouveaux groupes sur scène prochainement, jetez-leur donc des chrysanthèmes ce sera gentil !
On devrait assimiler le rap à un enfant mort-né finalement, je trouve la métaphore parfaitement appropriée. Tu devrais nuancer tes propos, m’a conseillé récemment Chibraski ! Il-y-a des exceptions à la règle, et je veux bien le reconnaitre, mais ce sont des cas exceptionnels noyés dans un océan de soi-disant artistes qui misent plus sur l’autocaricature que sur la créativité. Ces parodies de chansons rebelles ont des relents de mises en abîmes indigestes. La cité devient un cocon confortable, douillé et rassurant duquel ils ne souhaitent pas s’extraire, ils sont restés bloqué à l’état de chrysalide ! L’univers du rap pourrait être plus grand et plus complexe, les rappeurs devraient exploser les murs de leurs cité pour se répandre sur le monde, pour avoir une toute autre envergure. Il faudrait que le rap s’embourgeoise, sans ça ce sera l’autodestruction !

dimanche 26 décembre 2010

Extrait LM

... Avec l’évolution d’internet, l’information et la culture sont de plus en plus accessibles voir démocratisées vu que, par le biais des blogs, des forums et des sites internet, la liberté d’expression n’a jamais été aussi déchainée. Par extension, les ouvrages pourraient se présenter de plus en plus couramment sous format électronique ce qui conduirait la bibliothèque à être assimilée à un musée des lettres. Cependant, les livres qui sont aussi bien des lieux d’évasion que des véhicules permettant de s’approprier une compréhension et une interprétation du monde, seront toujours préférés des farouches opposants à l’air du numérique ou des nostalgiques préférant le grain du papier aux pixels des écrans d’ordinateur. Par ailleurs, les bibliothécaires ont pour responsabilité d’aider les jeunes lecteurs à découvrir le plaisir de lire tout en accompagnant les amateurs convaincus dans leurs recherches d’ouvrages. Passionné par ce domaine, il est toujours tentant de se laisser porter par la fougue en parlant en termes dithyrambiques de certains auteurs tout formulant des diatribes envers d’autres, seulement il me semble que les bibliothécaires doivent nuancer leurs propos par respect pour les auteurs mais surtout par-ce-que leur rôle n’est pas d’influencer le lecteur mais plutôt de le guider, ce qui consiste à compléter le travail des enseignants en faisant découvrir l’incroyable éventail des genres littéraires et l’éclectisme des gouts qui y sont représentés...

lundi 31 mai 2010

Mort, les écolos...

La lutte contre le réchauffement climatique devait être la 3ème grande guerre mondiale, celle qui nous propulserait dans le 21ème siècle en haranguant les peuples autour de leurs nouveaux ennemis communs… Les odieux gaz à effet de serre !

Malheureusement le combat est resté bloqué dans les "strating-block", et après une grosse décennie de douces illusions, le glas à sonné, l’écologie est morte ! En effet, au sommet de Copenhague, sur les cimes du néant, l’environnement a définitivement pris la tangente, et sur l’épitaphe de «l’écologie défunte » on notera : Trépassée Pour Raison Économique

L’exquise crise économique aura entre autres révélé l'absurde supercherie. Qu’elles étaient belles ces huit lettres lumineuses et lancinantes, cet étendard derrière lequel nous fermions les yeux et que nous vomissions à la gueule des Chinois ou autres monstres arriérés qui ne voulaient pas écouter notre douce mélopée bien pensante. La bouffonnerie des arrivistes oui ! L’effet de mode est passé, il n’aura même pas fait une vaguelette. C’est la déconfiture pour les cochons! Malgré les belles paroles bien moralisatrices, bien fades et hypocrites, ils auront eu du mal à se convaincre eux-mêmes et à nous faire culpabiliser : C’est la crise ! Alors si t’es citoyen, fais cracher tes pots d’échappement, allumes toute la nuit s’il le faut... Consommes et oubli ce galimatias d’écolos! L’environnement oui, mais faut que ça rapporte merde!

Bon tant pis, la léthargie fut brève, passons à quelque chose de plus joyeux avant que n’explose à la face de l’univers des millénaires de défections humaines.

mardi 18 mai 2010

Tokyo decadance (Ryu Murakami - 1991)

A première vue, L’œuvre de Ryu Murakami met en avant les abjectes déviances sexuelles de la population nippone. En effet, la nouvelle génération de cette nation à la fois castratrice et pudique s’est révoltée contre les valeurs patriarcales pour assumer de plus en plus ouvertement ses penchants pervers et amoraux (sadisme, exhibitionnisme, fétichisme, nécrophilie, scatophilie.). Mais l’auteur-réalisateur ne fait pas pour autant l’apologie de cette décadence dans le simple but de provoquer, mais au contraire pour mettre les Japonais en face de leur propre disgrâce.

Aï, l’héroïne de ce film, est une prostituée se retrouvant à plusieurs reprises spectatrice taciturne de la déchéance de la société Japonaise. Par ailleurs, Ryu Murakami utilise l’absurde et le vulgaire afin de révéler la dualité propre à la faune tokyoïte. Cette ambivalence sera alors présente dans toutes les scènes du long métrage. Afin de symboliser ce constat, le principal protagoniste est représenté par une femme belle, douce et discrète se retrouvant avilie par une succession de situations dégradantes. De même, les clients affichent ouvertement leurs facettes névrotiques en révélant leurs fantasmes pervers et humiliants, mais finissent toujours par faire preuve d’humanité en restaurant la dignité de la femme.

Tokyo decandence, présente les affres de la solitude ainsi que le sentiment d’aliénation imposé par la société. Pour introduire le spectateur dans cette fresque, le premier acte présente à la fois Aï dans une position d’esclave, ce qui souligne le dépouillement des libertés individuelles, tout en donnant la clef de toute entente avec son prochain: La confiance. Pour finir, ce film cristallise les rapports humains selon certaines hiérarchies omniprésentes (dominant-dominé, maitre-esclave, client-fournisseur) bien plus direct et honnêtes dans le domaine du privé. Car, et c'est là le point d'ancrage de la réalisation de Murakami, les relations sont strictement identiques en société, à la différence prés qu'elles sont travesties sous couvert de décence. Le réalisateur essaye donc de responsabiliser le spectateur en le guidant à travers une réflexion sur lui-même et son rapport aux autres!

lundi 19 avril 2010

l'éternité et un jour (Théo Angelopoulos - 1998)

Spleen d’un auteur enlisé dans les vicissitudes de la vie, Angelopoulos tente d’extraire l’homme de son enveloppe d’artiste afin de pouvoir le restituer au monde. Alexandre, confronté à sa propre vie, découvre alors une existence vidée de toute sa matière. Dans cet environnement dénué de tout artifice, la solitude et les affres du futur constitueront l'essentiel de l’univers du protagoniste.

Pourtant, malgré la vacuité existentielle du principal personnage, c’est une œuvre d’une rare richesse qui nous est offerte. En effet, « L’éternité et un jour » est une véritable leçon de poésie où la beauté déchire la grisaille omniprésente pour s’infiltré tout au long du film. Esthétiquement époustouflant, le réalisateur s’appui sur une myriade de thèmes aussi variés que la quête d’identité, l’amour et le désarroi pour donner à son œuvre une incroyable consistance. A la fois intimes et communs, les axes de réflexion de l’homme-artiste bascule souvent de l’introspection à l’observation du monde. Par ailleurs, ce long-métrage constitue une mise en abime dans laquelle l’art observe l’artiste dans son incapacité à créer. Par-delà l’imagination, c’est dans la communication que réside l’obstacle empêchant le poète d’accomplir son œuvre.

Alexandre croisera alors le chemin d’un jeune immigré qu’il s’évertuera à aider par tous les moyens. Au cours des avatars de notre couple de personnage nous serons ainsi immergés dans une vision humaniste et poétique de la vie.

Soulignons pour finir la merveilleuse beauté de ce film. L’image des observateurs inertes se tenant derrière les grillages lors du passage à la frontière, et semblant évoquer une partition musicale, est une image récurrente dans ce film. En effet, à de nombreuses occasions (le mariage, la morgue.) la même image apparait mettant en scène un jeu de miroir qui place le spectateur face à lui-même. Par ailleurs, au cours d’un merveilleux plan séquence déplaçant le récit un siècle plus tôt, Angelopoulos offre par cette continuité une incroyable harmonie au récit d’Alexandre. Le point culminant du film étant porté enfin par la mythique et mystique scène du bus. Ce choix est d’autant plus astucieux qu’il symbolise parfaitement le déplacement dans le temps et dans l’espace commune à l’ensemble des œuvres du septième art ! L’autobus va alors s’apparenter à une salle de cinéma dans laquelle Alexandre va prendre à son tour la place du spectateur et assister à un enchainement de scènes où s’enlaceront le passé et le présent, le rêve et la réalité, révélant différentes facettes du réalisateur (le révolutionnaire, l'amoureux, l'artiste.).

lundi 5 avril 2010

Home from the hill (Vincente Minnelli - 1961)

Constituant indéniablement une réflexion sur les valeurs parentales, ‘’Home from the hill’’ présente la perversité et les vices, indissociables de l’humanité, tout en soulignant leurs conséquences. Du cadre formé par la famille bourgeoise autour de laquelle s’articule l’histoire, il ne transparait plus que les lambeaux d’un bonheur révolu. Le père présenté comme infidèle et manipulateur, souille l’honneur de sa famille tout en affichant une profonde aversion envers tous les siens. De son coté, la mère s’approprie l’exclusivité de l’éducation de son fils et le surprotège. C’est dans cette ambiance délétère que Théron, adolescent jusqu’ici bloqué à l’enfance, va se retrouvé projeté vers l’âge adulte avec comme seuls modèles les déchirements de la cellule familial.

La vie nous est alors présentée comme une joute perpétuelle nous opposant à la cruauté du monde, mais surtout à nos propres démons. En effet, la transition menant le jeune Théron à la maturité est symbolisée dans ce film par une partie de chasse épique durant laquelle il devra affronter ses propres faiblesses en se mesurant à un sanglier particulièrement féroce.

Par ailleurs, Vincente Minnelli semble vouloir nous révéler que la nature farouche de l’homme se révèle dans la solitude. Les principaux protagonistes de ce film, isolés à causes de leur incapacité de se comprendre entre eux, se révèlent alors lunatiques, égoïste, tyranniques, méprisant, peureux… Pourtant ceci n’est qu’une facette dissimulant le découragement qui accompagne un réel désir de bonheur et d’amour.

Pour finir, “Home from the hill” tangue opiniâtrement entre optimisme et pessimisme. En effet, le réalisateur semble jouer un jeu cruel en insufflant à plusieurs reprises une lueur d’espoir à ses protagonistes, afin de la balayer l’instant d’après comme on soufflerait sur la mèche d’une bougie salvatrice. La promesse fugace d'une fin heureuse aboutira à un nouvel échec, car la réconciliation inespérée des parents sera aussitôt éclipsée par l’assassinat du père, plongeant inexorablement l’ensemble des personnages dans un nouvel abîme.

dimanche 14 mars 2010

Liberté (Tony Gatlif - 2010)

Ce long-métrage réalisé par Tony Gatlif propose une nouvelle fois les tribulations du peuple tzigane, mais cette fois-ci sous le régime de Vichy. Le décor choisis, outre son intérêt en tant que témoignage historique, est un choix d’autant plus astucieux qu’il permet de dépeindre de façon saisissante le rapport à la liberté chez les gens du voyage.

En effet le voyage comme vecteur de liberté est un principe vital pour ce peuple qui se voit imposer une vie de sédentaire sous le gouvernement de Pétain. Le premier sentiment qui s’abattra sur les protagonistes sera l’incompréhension. Incompréhension de se retrouver victime d’une guerre qui ne les concerne nullement, incompréhension de l’antipathie qu’ils font naitre chez les autres, et enfin l’incompréhension du dérangement qu’ils génèrent en vivant en marge. S’ensuivra alors un désir de révolte, dévorant mais irréalisable, à l’égare de la dictature liberticide qui s’abat sur eux.

Ces personnages charmeront enfin par leur simplicité, leur générosité, et surtout – d’un point de vue personnel – pour leur parfait décalage avec la civilisation, ce qui donnera l’occasion de sourire sur certaines réactions comiques. Pour finir la musique, indissociable à ce peuple, se mariera langoureusement aux images produisant un merveilleux tableau aussi envoutant que bouleversant.

jeudi 4 mars 2010

Le feu follet (Louis Malle – 1963)

Tout l’intérêt du film réside dans le désespoir de son protagoniste. Isolé durant sa cure de désintoxication à l’alcool, Alain Leroy se rendra à Paris pour espérer renouer les liens avec ses anciens amis. Pourtant tous ont évolué et personne ne partage l’angoisse perpétuelle dans laquelle baigne la vie du personnage principal.

A travers leurs épanouissements feints, les différents compagnons n’offrent en réalité à Alain Leroy qu’un simulacre insipide de bonheur. Perçut comme une résignation à accepter l’absurdité de l’existence, la vie des autres confortera alors le protagoniste dans ce sentiment d’être un réceptacle creux errant dans les méandres d’un monde peuplé de fantôme. Le problème c’est de tisser des liens avec le monde et surtout de trouver un sens à l’existence, ce qui fait défaut au héro. Enfin, le seul lieu de fuite facilement abordable qui s’offrira à Alain Leroy sera donc la mort, dernier rempart permettant de se détacher des affres de la vie.

lundi 1 février 2010

A serious man (Joel et Ethan Cohen - 2010)


A serious man constitue l’œuvre la plus personnelle des frères Cohen. A travers cette dernière, ils s’immergent sans retenu dans leur courant philosophique favoris : Le nihilisme.
Antagoniste à Pi, - la réalisation à travers laquelle Darren Aronofsky soutenait que tous les mystères de l’univers pouvaient être explicables par une formule mathématique - Les frères Cohen décrètent que rien n’a de sens. Ce film s’apparentera alors à une version édulcorée du subversif « Les infortunes de la vertu » du Marquis de Sade, tant les malheurs s’acharnant sur ce père de famille se joue de toute morale judéo-chrétienne. Pour soutenir ce constat, les réalisateurs s’appuient sur la métaphore du chat de Schrödinger, symbole du non-sens, de l’incertitude absolue, bref de l’incohérence. Alors nous assisterons à une litanie de situations burlesques dont Larry Gopnik sera l’infortunée victime. On retrouvera enfin le fatalisme de l’échec cher à Louis-Ferdinand Céline, ce qui finira d’asphyxier littéralement le héro du film dont la sérénité se dérobera progressivement. Et trouvera-t-il une réponse à ses malheurs ? Non bien entendu, cela est impossible car aucune institution n’échappe au nihilisme ! Ce film est donc un capharnaüm indéchiffrable : A l’image de la première scène présentant le meurtre d’un homme suspecté d’être un « vampire », mais dont on ne saura jamais le fin mot de l’histoire, puisque les Cohen nous régal d’une ellipse d’un siècle pour nous transporter dans une Amérique contemporaine en compagnie de nouveaux personnages. Pour finir, il s’agit d’un film marginal dans la carrière des deux frères, mais on y retrouvera bien évidemment le second degré dont les Cohen sont devenus des virtuoses.